LETTRES D'OCTAVE À LA VILLE DE RHOSOS
   
CONCERNANT LE DROIT DE CITÉ ET LES PRIVILÈGES DU NAVARQUE SELEUCOS

   
 
( 41-30 av. J.-C. )
 

 
L. Jalabert & R. Mouterde in Les lois des Romains, Napoli, 1977, pp. 352-365, n. 5 ).
 

 
I.
    Année 8 (?), le. . .  du mois Apellaios.
    Impérator César, fils du divin Julius, imperator pour la quatrième fois, consul pour la deuxième fois et désigné pour la troisième fois, aux magistrats, au conseil et au peuple de Rhosos, ( cité ) sacrée, inviolable et autonome, salut. ( Si vous êtes en bonne santé, tout est pour le mieux ; ) moi-même et l'armée nous nous portons bien.
    Ci-joint l'extrait d'une stèle qui se trouve au Capitole à Rome : je vous invite à l'enregistrer dans vos archives publiques ; envoyez-en une copie au conseil et au peuple de Tarse, au conseil et peuple d'Antioche, au conseil et au peuple de Séleucie (?), pour qu'ils enregistrent. Portez-vous bien !
II.
    ( César ) imperator, un des triumvirs préposés au rétablissement de la République, en vertu de la loi Munatia et Aemilia, a donné le droit de cité et l'immunité générale en ces termes :
    Attendu que Séleucos, fils de Théodotos, de Rhosos, a fait campagne avec nous dans les guerres en . . . , sous notre commandement suprême, qu'il a souvent et grandement pâti et risqué pour nous, ne reculant devant rien lorsqu'il s'agissait de courir les dangers, qu'il a montré tout son attachement et toute sa fidélité à la République, qu'il a associé son destin à notre salut, qu'il a consenti à tous les sacrifices pour la République du peuple romain, qu'en notre présence comme en notre absence il nous a été utile ;
    1. A lui, à ses parents, à ses enfants et descendants, ainsi qu'à sa femme qui vivra avec lui . . . nous donnons le droit de cité et l'immunité générale comme en bénéficient ceux qui sont citoyens exempts du tribut selon les conditions les plus avantageuses et le statut le plus favorable ; et qu'ils jouissent de l'exemption du devoir militaire et de toute charge publique.
    2. Que le susdit, ses parents, ses enfants et descendants soient inscrits dans la tribu Cornelia, ( qu'ils y aient le droit de vote ) . . . et si, en leur absence, ils veulent être recensés . . . s'ils veulent l'être ( dans un municipe ou dans une colonie ? ) de l'Italie . . .
    3. Dans la mesure où le susdit – ainsi que sa femme, et ses parents, ses enfants et ses descendants – avant d'être citoyen romain exempt de tribut ( avait des honneurs dans sa patrie ), une fois devenu citoyen romain exempt de tribut, s'il veut en profiter selon le droit . . ., qu'il conserve les sacerdoces, les honneurs et les privilèges . . . ( qu'il possédait, et qu'il en jouisse comme en jouit ) quiconque les possède selon les conditions les plus avantageuses et selon le statut le plus favorable.
    4. Aucun collecteur d'impôts ni fermier d'impôts . . .  . . . pour prendre gîte ou quartier d'hiver . . .
    5. . . . ( Asie ? ) et Europe . . .  . . . lui-même, ses enfants, sa femme . . .
    6. . . . le conubium . . .  . . . selon la loi Atilia et la loi Julia . . .
    7. . . . la province . . .  . . . veulent prendre . . . dans une ville ou une contrée des provinces d'Asie ou d'Europe . . . s'il importe ou exporte de ses produits et de ses troupeaux pour ses propres besoins . . . sur toutes ces choses aucune cité et aucun fermier ne pourront lui imposer une taxe.
    8. Si quelqu'un veut porter contre eux une accusation, introduire une plainte, intenter une action et engager un procès . . . dans tous ces cas, s'ils veulent être jugés chez eux selon leurs propres lois, ou dans les villes libres, ou devant nos magistrats et promagistrats, ils auront le choix . . . et que personne n'agisse autrement ( qu'il est prescrit dans les présentes ) ni ne juge dans un cas les concernant après renvoi de l'affaire (?) ni ne prononce une sentence : si un jugement est rendu à leur sujet contrairement aux présentes, il n'aura pas d'effet juridique.
    9. Si contre le susdit, ses parents, sa femme, ses enfants et descendants, quelqu'un consent à recevoir une accusation ou à porter une action créant un préjugé dans une affaire capitale . . . les susdits auront le droit de venir en députation devant notre Sénat et devant nos magistrats et promagistrats ou d'envoyer des délégués pour leurs affaires personnelles. Toute cité ou tout magistrat qui ( n'aura pas fait ce qu'il convient d'après les présentes ou ) qui aura agi ( contrairement ) aux présentes, ou connaîtra d'une affaire par faveur, ou ( jugera ? ), ou aura pris des gages, ou par un dol mauvais aura empêché les susdits de pouvoir jouir des privilèges à eux conférés, sera condamné à verser au peuple romain une amende de cent mille sesterces ; la poursuite et le recouvrement de cette somme appartiendront à tout venant, qu'il veuille poursuivre et obtenir le recouvrement dans la province devant nos magistrats et promagistrats ou à Rome ; celui qui pour cette somme donnera des sûretés suffisantes sera admis à agir. Pour l'exécution des présentes dispositions, ceux de nos magistrats et promagistrats qui seront préposés au procès dans ces affaires prendront des mesures et des précautions appropriées.
III
      ( Année . . . ), le 15 du mois Dystros. Impérator César, fils du dieu, imperator pour la troisième fois, consul pour la troisième fois, désigné pour la quatrième fois, aux magistrats, au conseil et au peuple de Rhosos, ( cité ) sacrée, inviolable et autonome, salut. Si vous êtes en bonne santé, tout est pour le mieux ; moi-même et l'armée nous nous portons bien.
    Les ambassadeurs envoyés par vous – Séleucos, mon navarque, Héras, Calli . . . ,  . . . érôs, Symmachos – hommes de bien, issus d'un peuple irreprochable, notre ami et allié, se sont rendus à Éphèse auprès de moi et m'ont entretenu de l'objet de leur mission. J'ai fait bon accueil à ces hommes, les ayant trouvés dévoués à leur patrie et gens de bien, et j'ai accepté et les honneurs et la couronne. Je m'efforcerai, quand j'irai dans votre pays, de vous apporter quelques faveurs et de maintenir les privilèges de votre cité ; je le ferai d'autant plus volontiers par égard pour Séleucos, mon navarque, qui a fait campagne avec moi pendant toute la durée de la guerre, a fait preuve de valeur en toute occasion et a donné bien des marques de son attachement et de sa fidélité : il n'a négligé aucune occasion d'intercéder pour vous et il a déployé tout son zèle et toute son ardeur au service de vos intérêts. Portez-vous bien !
IV.
    ( Année . . . ), le 9 du mois Appellaios. Impérator César, fils du dieu, imperator pour la sixième fois, consul pour la quatrième fois, aux magistrats, au conseil et au peuple de Rhosos, ( cité ) sacrée, inviolable et autonome, salut. Si vous êtes en bonne santé, tout est pour le mieux ; moi-même et l'armée nous nous portons bien.
    Séleucos, votre concitoyen et mon navarque, a fait campagne avec moi dans toutes les guerres et a donné de nombreuses marques de son attachement, de sa fidélité et de sa valeur ; comme il se devait envers ceux qui avaient fait campagne avec moi et qui s'étaient distingués à la guerre, il a reçu comme récompense des privilèges, l'immunité et le droit de cité. Je vous le recommande donc, car les hommes comme lui font grandir ( notre ) bienveillance à l'égard de leurs patries ; sachant donc que je ferai tout mon possible pour vous plus volontiers par égard à Séleucos, envoyez vers moi, en toute confiance, toutes les affaires que vous voudrez. Portez-vous bien !


 
►  Source : Inscription grecque trouvée en 1931 dans la nécropole de Rhosos ( Musée d'Antioche ).